Ras le Facebook

février 23rd, 20101:09 @ crevette

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FaceBook me saoule.

Je sens que la grande passion qui nous unissait est en train de s’étioler. J’ai même peur que cela nous mène à la rupture.

Pourtant, tout avait tellement bien commencé… L’euphorie des débuts, les longues heures passées à se regarder dans les yeux, sans rien construire du tout. Puis petit à petit, la routine s’est installée. J’ai commencé à voir ses défauts (sa fâcheuse tendance à dévoiler à la face du monde des photos de moi en train d’enlacer affectueusement une cuvette de wc, le teint kaki clair, deux trois cadavres de bouteilles de bière gisant encore à mes pieds), il a commencé à voir les miens (normal, avec toutes ses questions à la con qu’il me posait, il sait même quel type de fromage j’aurais été si j’avais pas été bipède). A ce moment là, j’arrivais encore à m’accommoder de ses petits travers, allant même jusqu’à leur trouver du charme. Mais progressivement, je suis devenue moins patiente, moins conciliante, et de le voir sans cesse m’envoyer des suggestions de page genre « Souvien toi de se jours, où tu m’avait juré de ne jamais me fair du mal … », je arrive à me demander s’il me connaît vraiment, et je me pose des questions sur notre avenir.

Comment en est-on arrivé là ? D’abord, les nuits entières à chercher des amis. Prête à accepter n’importe qui. Tiens, elle, c’est la meuf qui m’est passée devant à la boulangerie ! On se connaît ! Hop, une friend request. La frénétique recherche d’amis te conduit dans les plus obscurs bas-fonds. Voilà que tu requestes la poulette acnéique levée au Macumba. Pourtant, t’avais aucune envie de prendre son numéro. Mais sur Facebook, c’est pas pareil. Tu te retrouves à être ami même avec les collègues de boulot qui mettaient du sel dans ton café pour te faire chier (ta tête leur revenait pas), alors que tu as passé des heures entières à élaborer des plans diaboliques pour leur crever les pneus de voiture. T’es même ami avec le type qui avait réussi à te donner une réputation de fille de joie au lycée. Et tu as même réussi à retrouver ton prof principal de 6ème5, la fille qui mangeais tes crottes de nez en petite section de maternelle, la mère de ton ex, et même un chien ou deux. C’est l’euphorie. Tu as 312 amis. Bon, tu gardes bien en tête que sur les 312, seul un infime pourcentage te connaît et t’aime au point d’accepter de te tenir les cheveux en cas de soudaine envie de dégobiller, mais qu’importe. En plus tu les connais tous un peu. Tu sais qu’ils aiment Mariah Carey, le PSG, que selon eux Les ami ses pour la vie, qu’ils sont en couple, ah non en fait c’est compliqué, ah puis non célibataire, qu’ils sont partis en vacance à Palavas les flots, et qu’ils adorent la rillettes.  Et tu peux toi même leur faire partager ta passion pour les chatons-mignons qui font des galipettes en postant des vidéos à tout va, ou leur montrer que « Je ne perd pas mes affaires, c’est ma chambre qui les cachent pour rigoler. ». Et quotidiennement, tu les abreuve de ma finesse de ton esprit, en actualisant ton statut comme un frénétique « ai mangé de la saucisse de Toulouse » « se gratte le nez » « a des hémorroïdes ».

Ce n’est qu’après que ça commence à devenir un peu malsain : quand commencent les premières nuits à traquer l’ex boyfriend ou l’ex BFF que t’as pas osé requester et qui par chance n’ont jamais entendu parler des paramètres de confidentialité, à mater leurs profils, à scruter la moindre activité, à analyser chaque photo de chaque album dans l’espoir de trouver la faille. Et la joie qui s’en suit si au détour d’un groupe qu’il ou elle a rejoint on trouve une preuve évidente que leur vie est vachement moins bien que la notre. Ou le plongeon dans le gouffre de la déception si au contraire tu réalises que ton ex s’est mis à la colle avec une bonnasse en deuxième année de doctorat de droit.

Puis ça devient carrément énervant. Tu constates que tes photos son commentées par des gens que t’as côtoyé un quart de minute dans la vraie vie, que 75% de tes contacts vouent un culte au Kikou-lol-mdr-xD-Ckromeugnon, que tu reçois un nombre pléthorique d’invitations à Happy-Aquarium, que des gens que tu reconnaitrais même pas dans la rue t’envoient des bisous ou des cocktails, qu’on te suggère plus que des gens sortis d’on ne sais ou, et que c’est limite si certains de tes contacts ne posteraient pas des photos d’eux en train de chier tellement le concept d’intimité et de vie privée leur échappe. Sans parler de ceux qui t’abreuvent de statuts signifiant à quel point leur vie est tellement plus fantastique que la tienne simple mortel ou à quel point on est malheureux quand on s’est fait plaquer et comment ça soulage même pas de se rependre sur le premier réseau social qui traîne.

Alors tu commences à faire le tri dans tes amis, et à ne garder que ceux que tu pourrais également considérer comme tels dans la vraie vie. Plus deux trois personnes que tu adores espionner.  Mais rien n’y fait, t’es toujours saoulé de FB. Tu penses même à te désinscrire complètement. Mais tu le fais pas. Et ta raison officielle, c’est que si tu te désinscris, tu n’auras plus aucun contrôle sur ce qu’on pourra poster sur toi. Mais la vraie raison, c’est que t’as peur de te retrouver complètement larguée. Parce que ce qui me fait le plus flipper dans facebook, c’est de voir à quel point nos rapports avec les vrais gens de la vraie vie sont influencés par le réseau social en bleu. T’arrives même plus à compter le nombre d’embrouilles  qui  sont parties d’un statut mal interprété, d’une photo qui n’aurait jamais due être taguée ou d’un Relationship status changé par inadvertance. Facebook, c’est mieux que Dallas ou les magasines people. Au fond de toi tout te hérisse, mais l’heure ou tu te désinscrira de FB n’a pas encore sonné.

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