ah non, demain plutôt.

février 15th, 201011:49 @ crevette

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J’ai la flemme.

Ça fait au bas mot vingt minutes que je me dis que je vais commencer à écrire un article. Mais j’ai la flemme. Donc, ça fait 20 minutes que je regarde mes ongles, pour voir s’il ne resterait pas une petite peau à ronger sur l’auriculaire gauche. 20 minutes que je zappe entre RTL9 et NT11 pour voir si par hasard il n’y aurait pas un documentaire animalier sur les lapins nains (parce que oui, c’est décidé, je veux un lapin nain). Et à défaut d’un documentaire sur mon futur lapinou-choupinou, je tombe sur une formidable recette de daube provençale. J’aime pas la daube, mais comme j’estime qu’il est important de préserver notre patrimoine culinaire, je regarde avec la plus grande attention. Et pendant ce temps là, ma page reste toujours blanche. Parfois, j’écris quelques lettres. Et au beau milieu d’un mot, ça arrive sans prévenir, et sans que je puisse y faire quoi que se soit : putain, j’ai la flemme. Donc je vais me couper les ongles de pieds (ma flemme se répercute souvent sur mes ongles. Mais c’est pas pour autant que je suis la personne la mieux manucurée du monde. Loin de là).

Le problème, c’est que c’est pas seulement quand il s’agit d’écrire que j’ai la flemme. En réalité, je crois que j’ai la flemme tout le temps.

Le matin, le réveil sonne. Comme je me connais, je le mets une heure plus tôt. Comme ça, j’ai le droit d’avoir la flemme trois fois de me lever (que trois fois, après j’ai trop envie de faire pipi pour rester à faire la loque dans le lit), d’avoir la flemme de déjeuner, et la flemme d’aller bosser à pied sans être (trop) en retard.

Arrivée au travail, j’ai la flemme de m’y mettre. Alors je zone sur la toile. Me demande pas ou je vais, à la fin de la journée, je me rappelle même pas du quart des conneries que je suis allée regarder. Finalement, je m’y mets. Pendant ¼ d’heure, j’oublie à quel point mon job est chiant. Mais pendant quinze petites minutes seulement. Puisque très vite, la flemme me rattrape. Et alors là, ça devient n’importe quoi : j’ai même réussi à atterrir sur un comparatif des sextoys best sellers de 2010 alors qu’initialement, je devais remplir des chèques.

Et en sortant du boulot, ça ne s’arrange pas. En général, ce sont les soirs où je n’ai plus rien à manger (à part un reste de minestrone lyophilisé) que j’ai le plus la flemme d’aller faire des courses. Donc évidemment, je rentre, je me vautre sur le canapé, je compte les fissures au plafond et je réalise quelle sera la teneur de mon repas du soir. Ah non en fait ça va j’ai une conserve de lentilles dans le placard. Je peux à continuer à compter les toiles d’araignée en paix. Non pas que je n’ai rien d’autre à faire, puisque mon appartement ressemble à la scène d’un crime très passionnel et très violent, à base de fringues, de chaussures, de bouquins, de bigoudis, de sèche cheveux et de verres vides, mais là vraiment, j’ai trop la flemme, j’ai bossé toute la journée, je rangerai demain. Et puis j’ai faim, c’est l’heure des lentilles. Merde. La casserole est sale. Et c’est pas maintenant que j’ai fait le plus gros de la journée, en me trainant péniblement sur le gros poil que j’ai dans la main que ma flemme va cesser. Va pour le minestrone alors. Je peux le faire juste avec une bouilloire et un bol.

Ce qu’il y a de formidable avec la flemme, et c’est aussi pour ça que j’aime partager ma vie avec elle, c’est qu’elle ne me prend jamais au dépourvu. Elle a toujours un truc sur lequel se vautrer langoureusement. Comme j’ai toujours des trucs utiles, important ou constructifs à faire, elle a toujours un formidable terrain de jeux avec moi. Elle et moi, on ne s’ennuie jamais, même si au final, on ne fait pas grand-chose. Une vraie compagne, plus qu’une simple philosophie de vie. On vit à deux, on respire à deux, on non-agit à deux. En plus, c’est pas elle qui portera un jugement sur moi si j’erre le samedi aux aurores (vers 13h30), l’œil collé, le cheveux gras, l’haleine chargée et le pas lourd, en me disant que comme c’est pas sûr que j’aie besoin de sortir aujourd’hui (j’ai toujours ma boite de lentilles, et j’ai pas encore lu le catalogue de carrouf), autant ne pas se doucher. C’est bon pour la peau, ça lui permet de se reposer un peu. Ma flemme et moi, on s’aime. Entre nous, c’est à la vie – à la mort et advienne que pourra.

D’ailleurs, c’est pas que j’ai pas envie de discuter, mais elle m’attend là. On a rendez-vous pour s’occuper de mes fourches capillaires avec un coupe-ongle. Et dieu sais si j’ai les cheveux abimés. Ça risque de prendre un bon bout de temps, alors m’attendez pas, hein.

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