Paris, paris on t’en…

février 10th, 201010:32 @ crevette

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Je suis une cagole.

Une fille du sud.

Je dis pas rôôse, mais rââse putaing. Et oui, je dis énormément de gros mots. Des putaing, des cong, et des mots étranges comme « escagasser », « espanter », « l’encatané », « ça pègue », et j’en passe et des meilleurs. Dès qu’il fait gris plus de deux jours, je pense au suicide. En dessous de 12 degrés, je frise l’hypothermie. Par contre, du vent à 120km / heure, ça me fait presque pas peur. Les voitures avec un énorme autocollant OM sur le pare-brise arrière, ça ne me fait plus sursauter. Pas plus que les « tssk tssk, woula la gazelle, comme ti es charmaaante ! ». Je ne suis absolument pas choqué quand un individu que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam m’appelle comme si j’étais la fille de sa tante. J’aime les gambetta-limonade et les gommés.

Ceci dit, c’est pas parce que je suis une cagole que je mets des jeans bleu pâle, des tops en crochet et des plateform-shoes. Je n’ai jamais regardé un épisode de plus belle la vie en entier. Je n’écoute pas non plus de r’n’b français. Et si j’ai du mal avec les O et les phrases sans gros mots, j’ai un accent tout à fait raisonnable. Et si je me suis déjà fait une décolo et une permanente, on ne m’y reprendra plus.

Cagole modérée dirons nous. Mais qui aime son sud. Sa météo clémente, son cadre de vie agréable, ses cigales, ses bars qui ferment à 22h00, et surtout son taux de chômage indécent. Pas terrible quand on cherche du travail, et qu’on a pas forcément envie de devenir vendeuse chez Jennifer. L’une des solutions serait de m’expatrier. Et d’aller là ou il y a du travail (apparemment). A Paris.

Paris, la ville, qui ne dort (presque) jamais, ses opportunités comme s’il en pleuvait, toujours un truc à faire, un endroit ou aller, une expo, une boutique, un bar, des gens cool, beaux et intelligents. The place to be. Sauf que non. Niet. Il est hors de question que j’aille vivre à Paris.

Déjà, pour des raisons pratiques : pour le prix d’une cage à lapin à Paris, j’ai un trois pièces. Et pour le prix d’un trois pièce à Paris, j’ai une villa d’architecte avec vue sur la mer et piscine à débordement. En plus je peux aller bosser à pied, sans prendre un bus, un métro et un RER. Je peux aller à la plage en bus. Même si je le fais jamais, je sais que je peux le faire. Je n’ai pas envie d’oublier ce que c’est que le soleil trois jours d’affilée. Je n’ai pas non plus envie d’oublier ce que c’est que le café à 1euro20 et le croissant à 60cts.

Ensuite pour des raisons éthiques. Pourquoi diantre irai-je m’exiler dans une ville où il fait froid et moche tout le temps, ou pour aller d’un point A à un point B, il faut rester enfermé un temps interminable dans divers transports en communs, en ayant le nez dans les aisselles de sinistres inconnus pour qui la douche quotidienne n’est pas une priorité absolue ? Tout ça pour finalement dépenser une fortune dans une paire de chaussures hors de prix que je bousillerai illico en mettant mon pied dans une énorme flaque ? Pourquoi aller vivre dans une ville ou les gens sont tout plein de stress et d’angoisse et tirent tout le temps la gueule, alors que je peux vivre dans une ville tout aussi pleine de stress et d’angoisse, mais ou les gens ont au moins l’hypocrite courtoise de te donner des tapes dans le dos en te disant « fan ! tu l’as vu le matche hier ? », alors qu’intérieurement, il en a rien a foutre de ta gueule, tu pourrais mourir dans ton vomis que ça lui ferait ni chaud ni froid ?  Pourquoi irai-je m’installer dans une ville ou personne ne joue à la pétanque les dimanches du moi de mai ? Pourquoi irai – je vivre dans un endroit ou tout le monde sans cesse reprendrait mon accent (je ne travaille qu’avec des parisiens repentis, et le sport national au bureau, c’est de se moquer de ma façon de dire les O, et de rajouter des g à la fin de certains mots) alors que eux-même parlent comme s’ils avaient des agrafes plantées dans le cul (vengeance) ?

Et enfin, pour des raisons politiques. Pourquoi tout doit toujours se passer à Paris ? Pourquoi est ce que le seul truc hype qui se passe chez moi, c’est PBLV, et la seule actu chaude-bouillante ce soit les émeutes d’après match ? Pourquoi est ce que je devrais quitter la région ou j’ai grandi, étudié et rencontré chéri pour trouver un boulot ou tout le monde se gaussera dès que je dirais putain, et ou je me morfondrais dans mes 8m2 avec toilettes sur le palier, à continuer à manger des raviolis en boite, parce que bien que mon salaire soit deux fois plus élevé, je suis toujours autant fauchée ? Pourquoi est ce qu’il ne serait pas possible enfin de foutre le feu à cette vielle croyance comme quoi il est impossible de faire carrière sans passer par la capitale ?

Pour conclure cet odieux pamphlet anti-parisien, amis de la capitale, je vous laisserai méditer sur cette phrase : Samedi dernier, je suis allée faire mes courses sans manteau, ni gant, ni écharpe, puis je suis allée boire un café à 1euro20 sur une terrasse ensoleillée, lunettes de soleil sur le nez, avant d’aller profiter de l’air de la campagne provençale en même pas 10minutes de voiture.

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