Je suis motivée et c’est bien.

janvier 20th, 20108:43 @ crevette

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Vouloir changer de travail, c’est une chose (il m’a fallu un grand travail sur moi même pour m’en rendre compte, et une bonne dose d’auto coups de pieds au cul –je suis souple – pour me convaincre que non, quitter un cdi pourri et mal payé n’était pas une aberration, malgré la conjoncture). Une fois que la chose est en route, il faut penser à l’après. Déjà en se posant la question à 1000euros « Mais bordel, tu veux faire quoi après ? ». Puis en travaillant son CV et sa lettre de motivation.

Bon, mon CV, dedans, il y en a pour tous les goûts. C’est un peu la foirfouille : je sais faire plein de trucs, mais à moitié. Autant dire que je peux pas compter dessus pour trouver le job de mes rêves. Heureusement qu’il me reste la lettre de motivation.

Crevette

Rue de la honte

Cagole city

20ans et des brouettes

Accrochée comme une moule à son rocher à chéri

Heureuse titulaire du permis de conduire des bateaux mais pas des voitures

Madame ou Monsieur la / le RH

La Boite trop bien

La ville trop bien

Madame, Monsieur

Je me permets de solliciter votre attention afin de vous montrer que j’ai trop la motivation pour rejoindre votre équipe.

Ne pas m’embaucher serait une grave erreur. Déjà, je suis motivée, mais ça je l’ai déjà dit. En plus je suis très rentable. Je sais faire plusieurs choses en même temps : parler au téléphone et checker mes ongles, parler au téléphone et boire du thé, attendre un appel et écrire un mail perso. Gain de temps et d’argent garanti. J’ai des capacités d’adaptation qui dépassent l’entendement. Peu m’importe que mon fauteuil de bureau soit en skaï ou en cuir, je m’adapte. Peu importe que mon bureau soit orienté sud est alors que je préfère qu’il soit sud ouest, je m’adapte. Peu m’importe s’il reste plus que du thé noir alors que je préfère le vert, je m’adapte.

Si j’avais joint mon CV à cette lettre, vous auriez pu voir qu’au fil des années, grâce à moult expériences, j’ai acquis un bel éventail de compétences. Je suis notamment allée pendant de nombreuses années à l’université. Forte de cette expérience, je sais maintenant faire cuire des raviolis à la plaque électrique sans salir de  casserole : il suffit de poser la boite directement sur la plaque en ayant pris soin d’enlever le papier, sinon ça crame. J’ai également participé à l’invention de la « feuille de tchat » en adaptant un concept de l’internet à la structure de l’amphi pendant un cours très ennuyeux d’anthropologie de la communication. Ce concept s’est avéré d’une grande utilité quand il s’est agit de raconter à mes camarades comment chéri (qui n’était pas encore chéri à l’époque, c’est une histoire plein de rebondissements que je vous raconterai si vous m’accordez un entretien) m’a enfin roulé un patin. J’ai également appris que le macdo n’était pas efficace pour soigner une gueule de bois, que les rangs du fond dans les amphis, c’est pas la meilleure place pour piquer un roupillon (au milieu, c’est bien mieux), et que les livres écrits petits c’est pas facile à lire, entre autres choses.

Je suis également l’heureuse titulaire d’une multitude de diplômes de secourisme. Je suis tout à fait apte à vous faire du bouche à bouche si l’occasion se présente. En plus, comme je me lave les dents régulièrement, ça ne devrait pas être difficile à supporter.

Quant à mes expériences dans le monde du travail, elles m’ont forgé de nombreuses nouvelles capacités. Je sais dire au téléphone avec beaucoup d’aplomb et de manière très suave « il n’est pas disponible pour le moment, je peux prendre un message ? » alors qu’il est parfaitement disponible, et qu’il me fait signe qu’il m’occira si je lui passe la communication. Je suis capable de regarder un tableau excel fixement pendant des heures, sans en comprendre une traitre ligne mais sans pleurer. Par contre, je suis capable de pleurer face à un fournisseur mécontent, jusqu’à ce qu’il se sente tout merdeux et qu’il me présente ses excuses et décide d’arrêter de nous harceler alors que notre ardoise chez lui correspond au PIB du Togo.

Il est également important de noter que je fais d’excellents cookies, et que l’idée d’en faire une fournée pour mes collègues de bureau ne me répugne pas.

J’ose espérer que vous comprenez maintenant pourquoi votre structure ne peut faire un pas de plus sans m’intégrer. Ne pas prendre le temps de me recevoir pour une entrevue pourrait être considéré comme une belle boulette. Et ne pas m’engager, alors là, je vous dit même pas…

C’est pourquoi, dans l’attente de nouvelles de votre part, je vous prie d’agréer l’expression de mes plus sincères salutations.

Bien cordialement

Crevette

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