Donc là par exemple, telle que tu me vois, je suis au bureau.
Oui, je te parle de mon lieu de travail.
Je suis bien d’accord avec toi, c’est mal. Même, c’est carrément diabolique. On devrait me planter des clous rouillés sous les ongles pour me punir. Tu te rends compte, si tout le monde faisait comme moi ? C’est pas comme ça qu’on va sortir de la crise. Belle participation à l’effort de guerre. Bravo.
En même temps, tu te doutes bien que si j’avais des trucs à faire, je les ferai. Je suis pas du genre à me tourner les pouces pendant que le monde s’écroule autour de moi. Mais voilà, c’est le calme plat. Aussi plat que la poitrine d’une Birkin (ou que la mienne, tiens si ça t’intéresse). Alors que je rêverai d’une bonne grosse vielle charrette. Le dossier bien ardu et semé d’embuches que tu dois rendre pour la veille alors qu’on t’en a parlé le matin même. Celui qui te met tellement en stress que t’attrapes de l’urticaire et que tu deviens à moitié chauve à force de t’arracher les cheveux. J’ai envie de pouvoir dire que non, mes vacances, je les ai pas volées.
Alors quoi ? Quand c’est peace au boulot, tu fais quoi ? Tu tries tes mails pour voir si t’aurais pas laissé passer un truc. Ça c’est ce que j’ai fait hier. J’ai même laissé deux broutilles en standby pour avoir quelque chose à me mettre sous la dent pour la fin de la semaine.
Après, tu ranges ton bureau. Ça aussi, c’est fait, mais pas trop. Faut quand même donner l’illusion qu’il y a quelqu’un qui bosse ici. Trouver le meilleur emplacement pour que l’agrafeuse dise à qui s’approche du bureau : « salut, on m’a laissé un peu à l’arrache parce que c’est un peu le rush ici. Regarde, même les bics sont pas bouchés, et les blocs de post-it ne pas en parfait alignement avec les rebords du bureau. C’est que ça bosse dans le coin ! ».
Ensuite tu relis ce que tu as fait la semaine dernière. En te disant que quand même, même quand t’as des trucs à faire, ton boulot est sacrément chiant. Tu t’endors. C’est pas hyper stratégique pour pas que les collègues se rendent compte que t’en branles pas une.
Tu te retournes vers tes collègues, l’air suppliant, en leur disant un truc du style « c’est assez calme chez moi, si je peux te dépanner d’un truc, tu me dis ? » Et tu espères très fort qu’on te dise « ah ben oui, tiens, ça me rendrait sacrément service si tu pouvais gérer le dossier Dushmol de A à Z ! ». A la place on te dit « ah ben oui tiens, j’ai 250 timbres pas autocollants à coller sur des enveloppes ! » ou « ah ben oui tiens, il faudrait que t’appelles le service technique de l’imprimante pour leur demander pourquoi elle fait crounch-crounch quand on met du papier dedans! » ou « ah ben oui tiens, tu pourrais appeler le service de l’entretien et engueuler les femmes de ménages, elles nettoient jamais le dessus des bureaux ! » ou alors « ah ben oui tiens, tu pourrais aller m’acheter des billets de train, tu sais à la gare qui est loin, à laquelle tu ne peux aller qu’à pied en traversant un quartier affreux alors qu’il fait froid et moche ! » ou encore « à ben oui tiens, tu peux ranger tout nos docs de com par ordre chronologique en commençant pas les 8 tonnes de documents que tu dois mettre sur la plus haute des étagères à l’aide d’un escabeau alors que tu as le vertige et que spécialement aujourd’hui tu as mis 12cm de talons ! ». Donc en fait, non, je ne me retourne pas vers mes collègues pour leur proposer mes services.
Encore une fois, tu checkes tes mails. Tu t’attends maintenant à ce qu’outlook express te dise « putain, mais tu vas arrêter d’appuyer sur le bouton envoyer et recevoir tout toutes les 14 secondes ? Pas de nouveaux messages on te dit !
Tu te demandes si tu ne devrais pas te mettre à fumer. Au moins ça t’occuperai.
Tu vas faire du thé. T’en fais régulièrement dans la journée. Tu sers même tes collègues. Mais tu te sers de plus grandes tasses à toi. Bon calcul : toutes des demi-heures tu dois aller pisser. Ceci dit, ça te laisse quand même pas mal de temps de libre. Qu’il faut bien meubler. C’est à partir de là que ça devient diabolique.
Tu commences par aller sur le site de libé. Après tout, pour sa vie professionnelle, c’est bien de se tenir informée. Tu lis les nécros sur Rohmer, et tu déprimes. Tu lis les histoires de Fadela Amara et de son Kärcher deuxième main et tu de dis qu’elle est sacrément dinde. Tu te dis que supprimer les allocs aux parents d’enfants absentéistes, ils savent plus quoi inventer. Tu te dis qu’on te les casse avec la neige. Qu’il neige en hiver, ça semble plutôt logique. Pfiou, s’informer c’est important mais c’est vachement déprimant.
T’as besoin de te détendre. Tu vas sur Facebook. T’as reçu 7 invitations à ajouter Farmville, 2 demandes d’amis de personnes que tu ne connais absolument pas, Germaine Durant a taggé 3 photos de toi en mode fin de soirée, et 9 de tes amis on rejoint le groupe « l’amour c’est bien, sauf quand c’est mal parce que sa fait soufrire » et 4 autres sont maintenant fan de « partouzer avec des poneys », et tu apprends que Roberto « n’aime pas les touchers rectaux » mais que Ignace, lui aime ça. Tu te demandes si tu devrais pas te désinscrire, puis tu te ravises, c’est quand même réjouissant de voir que quand tu dis que t’es tombé le cul dans la neige (ce qui n’est même pas vrai), 12 personnes s’enquièrent de ton coccyx.
Heureusement, ça vole plus haut sur twitter. Tiens ChoseMachine a mangé une tartine de pâté au petit déj ! Et Trucmuche a posté une photo de ses chaussettes ! Quand à pouët_pouët, il a posté un lien vers une fabuleuse recette de space tartiflette. Et moi, hop, un petit twitt pour informer tout le monde que j’ai un rhume. Et voilà mon tour est fait.
Bon ça, c’est fait. Maintenant, il te reste ton tour sur MSN. Heureusement que t’as des cops au chômage-qui se font chier au taf-qui bossent de chez elles. Parler cache-oreilles en moumoute, puis de quels types de consonnes un nourrisson peut prononcer, puis de savoir si oui ou non les leggings c’est cool, puis de ce que t’aimerai manger pour le dèj (font des californiens à la cantoche ?), de comment chéri il assure pas, tu te rends compte, il a dit que ma tartiflette était fade, tu pense que je devrai le quitter ?
Mais voilà, une fois que tout ça est fait, je rechecke mes mails. Pas de nouveaux messages. On est mardi, il est 13h. Vivement le weekend



Homecats
7 months ago
Merci pour cette poilade, tu illumines mes journées ! Et c’est pas rien… ♥ Et désolé pour les commentaires Facebook…
annick
7 months ago
je réponds du bureau, ça veut tout dire…
Mathgon
7 months ago
Dring, outlook vous informe que vous avez un nouveau commentaire sur votre blog…
Juste pour dire que je veux bien que tu RT la recette de la space tartiflette
Heidi
7 months ago
Et imagine ma souffrance, aucun accès internet au travail (réservé aux chefs)
Sans chauffage of course … bientôt je postule chez Picard !
lili est insolente
7 months ago
héhé… et les sites de ventes privées aussi !
tu le fais pas ça ?
mbangel
7 months ago
ah bah voila tu as résumé mes journées…, je rajoute aussi les blogs en plus mais avec une page pro quand une personne s’approche pour faire genre!!
Anouchka
7 months ago
Quid des sites pour emploi ?
Quid d’autres blogs ?
Quid des sites people ?
Quid du programme TV ?
MissBrownie
7 months ago
Comme toi, quand c’est plat au boulot, je blogue
Pourquoi se gêner ?
Audenectar
7 months ago
Un bon truc de beauf, je me suis abonnée à un programme TV que je reçois chaque jour, plus les actualités, plus les blogs, ++++ y’a de quoi faire au bureau ! J’ajoute ce superbe com car celui d’annouchka m’a fait marrer !
Ourozz
7 months ago
Pense aux gens qui ont un accès hyper restreint au net.
Pas de facebook, de msn…etc
Le proxy est pas content !
Heureusement, j’ai le truc imparable : un collègue qui a lui aussi rien à foutre et un petit cappuccino et hop, la matinée passe un peu plus vite lol
olithée
6 months ago
Je viens de découvrir ça, c’est naze mais ça occupe au moins 10 bonnes grosses minutes :
http://www.viamichelin.fr/htm/div/quizz/france/quizz.htm