growing old

décembre 12th, 20091:46 @ crevette

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Les choses changent, les gens aussi.

On grandit.

C’est ce que je me disais alors que je n’arrivais pas à dormir plutôt que de compter les moutons. Les moutons ça m’aide pas à dormir. Vous avez vu la forme de leurs pupilles ? On dirait des lasers patatoïdes. Je suis sure que les moutons sont des êtres supérieurs qui en sont à leur phase d’observation, et qui passeront à l’attaque le 21 décembre 2012. Mais c’est pas le sujet.

On passe son temps à imaginer ce que sera son avenir, à se faire des promesses solennelles qu’on jure sur la tête de Monsieur Pomme qu’on ne trahira jamais, et en fait il s’avère qu’on est vraiment pas digne de confiance, et que Monsieur Pomme, il prend la poussière en haut d’un placard, et que sa tête, sur laquelle on a tant juré, elle se décolle un peu de son corps, en crachant un peu de mousse.

A 4 ans, on m’a offert le set de la parfaite petite ménagère, avec fer à repasser, balais, et aspirateur plein de billes de plastique qui volent quand on le pousse pour faire tout comme maman. Révélation : quand je serai grande, je serai femme de ménage. Aujourd’hui, je suis grande, et quand on me met un balai entre les mains, je me demande ou qu’il est le bouton pour le mettre en marche, je feins une atroce migraine mortelle, ou je m’évanouis. L’effet est le même avec une éponge, un fer à repasser ou un aspirateur.

A 5 ans, je suis allée à Auchan. Comme d’hab, je m’en étais déjà pris une paire parce que j’avais fait un caprice pour avoir une Barbie-fait-le-tapin-sur-les-trottoirs-de-LA, une dinette (pour aller avec l’aspi en plastoc), des kinder surprise, des polly-poket de l’époque ou ils avaient encore la taille de crottes de nez, deux tomtom et nana, Martine à ma plage, un Action Man (pour faire le sexe avec cette nympho de Barbie), des pépitos, un petit frère (plutôt qu’une petite sœur qui bavait déjà sur mes poupées, qui mangeait mes polly pokets, et qui coloriait mes tomtom et nana).  Et là, la révélation. L’employée de Auchan, en patins à roulette. Le métier le plus cool du monde. Ma voie était toute tracée. Plus tard, je serais caissière en patin à roulettes. Aujourd’hui, je pense pouvoir me rappeler que la dernière fois que j’ai mis mes pieds dans une chaussure à roulettes, je devais chausser du 35. Et à chaque fois que je passe à la caisse à Auchan je dis « bon courage, vraiment, soyez fortes, je prie pour vous » aux caissières.

A 7ans, j’avais une formidable collection de poupées Mattel. J’avais même un chalet avec de la fausse neige dans la fenêtre.  J’étais hyper équipée. De quoi inventer de formidables histoires. Et pourtant non. Mes Barbies passaient leur temps à niquer. Tout et n’importe quoi. Elles étaient très ouvertes mes Barbies. Et elles n’avaient aucune peur des MST. Et punaise, elles s’éclataient, même si elles étaient assez limitées par leur manque de souplesse. Lumière divine, musique angélique : quand je serai grande, je serai une grosse nympho chaude comme une baraque à frite. Heureusement que j’ai grandi quand même.

A 13 ans, la bouche pleine d’acier, les joues pleines de pu et de croutes, les bras trop longs, les jambes trop courtes, les pieds trop grands, je regardais mes copines et les clémentines qui pointaient sous leurs pulls poivre blanc. Pendant ce temps là, moi, les seuls trucs qui pointaient sous mes pulls, c’étaient mes côtes. J’en avais plein, et elles saillaient autrement plus que ma poitrine. Là, j’ai juré sur la tête de Gérald de GSquad, que plus tard, j’aurais des bigboobs. Pourquoi tu crois qu’on en entend plus parler ? Aujourd’hui, je me console en me disant que comme ça au moins ils ne tomberont pas, et que Jane Birkin est super classe.

A 14 ans, quand j’allais à Zara, je bavais devant les tailleurs à rayures tennis. Je trouvais que c’était le summum de la classe. Là je me suis juré qu’une fois devenue adulte, je ne porterai que des tailleurs avec des chemisiers en satin et des escarpins à bouts pointus. Aujourd’hui, je porte le vieux jean troué de chéri, j’ai une impressionnante collection de collants aux couleurs improbables et toute une série de robes et de chaussures tout aussi improbables, et je rigole bien. Le tailleur, je le garde pour Halloween.

A 16 ans, j’étais une rebelle. Je mettais des baggys, je m’habillais au secours populaire et je mettais des chaussures de skaters. J’aurais vendu ma mère pour avoir des locks (et elle ma judicieusement promis de me couper les vivres si je revenais avec la tête pleine de bière et de purée de banane). La douche, c’était carrément trop petit bourgeois pour moi, j’en prenais pas. Je crachais (intérieurement, j’étais pas tant punk) sur les filles qui mettaient des jupes, des chaussures à talon, et qui se maquillaient. Là j’ai solennellement juré que jamais au grand jamais je ne deviendrais une pintade.  Aujourd’hui, je ne sors pas de chez moi si je ne suis pas plâtrée et brushée, c’est pour des escarpins que je vendrais ma mère, et il faudrait me payer cher pour que je reporte des vans.

A 17ans, j’avais pas de mec. Je regardais avec envie mes copines qui roulaient des patins à s’en fouler les amygdales à leur mec. Je crevais de jalousie. Du coup je disais à qui voulait l’entendre qu’avoir un keumé c’était trop naze, que ça rendait trop niais. Du coup je me suis jurée que jamais au grand jamais je ne deviendrais niaise avec mon type. Aujourd’hui, je suis en couple depuis longtemps. Je ne sais plus comment chéri s’appelle, tellement je lui donne du « mon petit chat d’amour mignon », « mon lapin tout doux », « mon monsieur mignon », « mon bébé qui sent bon », « chaton d’amour », en lui faisant des petits bisous dans le cou et en prenant une affreuse voix suraiguë. Même en public. Même devant ses potes. Même une fois devant ses collègues de boulot.

Finalement, la poésie des rêves d’enfant, heureusement que ça ne dure qu’un temps. Sinon, c’est une femme de ménage à dreads à gros seins sur roulettes, vêtue d’un tailleur en tweed qui vous parlerait de comment elle s’est faite lever par un légionnaire dont elle ignore le patronyme dans un PMU aujourd’hui.

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